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Sexisme en politique : une invisibilisation endogène 

Publié le 14 septembre 2026 Mis à jour le 14 septembre 2026

La publication par des chercheur.euse.s de l’ULB d’une analyse croisant commentaires sexistes et témoignages de candidates aux élections de 2024 révèle un paradoxe : malgré la violence des réseaux sociaux et le sexisme ordinaire, les candidates déploient des mécanismes d’invisibilisation. 

En 2024, l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes, organe interfédéral indépendant de promotion de l’égalité, missionne l’ULB et l’UGent pour réaliser une étude sur le sexisme envers les candidat·es politiques à l’approche des élections fédérales, régionales et européennes du 9 juin 2024. Les chercheur.euse.s analysent alors 43.937 réactions à 2.922 messages postés sur X, Facebook et Instagram par 40 candidat·es. En plus de collecter les réactions sur les réseaux sociaux, des entretiens sont menés avec des candidat.es aux trois niveaux de pouvoirs. 

« Au terme de ces analyses, nous avons constaté un paradoxe », raconte Emilie Van Haute, professeure au Département de science politique de l’ULB et membre du Centre d’étude de la vie politique (Cevipol), qui a participé à l’étude avec Clémence Deswert, doctorante au Cevipol. « Les données en ligne montrent qu’il y a clairement un traitement différencié, que les candidates reçoivent bien plus de réactions négatives que les hommes, allant du sexisme le plus banal, à des discours plus radicaux. Pourtant, dans les entretiens, les candidates en parlent très peu et très tard dans les échanges. » 

Sept mécanismes 

Les chercheur·es, observent alors sept mécanismes d’invisibilisation du sexisme se dessiner. 

Normalisation de la violence, qui « ferait partie du job » ; minimisation (« ce n’est quand même pas du harcèlement ») ; relativisation (« c’était pire avant ») ; universalisation du problème ; subordination de l’expérience sexiste à d’autres expériences discriminatoires telles que le racisme ; internalisation, voire même protection au point de déléguer la gestion de ces commentaires. 

L’article publié par les chercheur·es dans la revue Political Studies montre comment ces mécanismes d’invisibilisation ont des implications sur les politiques publiques à mener : «  A côté des mesures objectives du sexisme, il faut considérer la part d’invisibilisation subjective du phénomène », observe Emilie Van Haute. « Et pour le rendre visible, il faut déconstruire ces mécanismes, que les candidates en prennent conscience personnellement. » 

Un travail de fond qui implique de la formation auprès des premières concernées.